

Chez Raboin en hiver , la maison d'enfance derrière le hangar , années 70.
C'était dans les années 70 ! Je me souviens du vieux poirillonnier qui surplombait le petit point d'eau croupie d’où montait certains soirs d'été un concert de chants de grenouilles improvisé en hommage à la pluie !
Ma chambre se trouvait juste en face de cette mystérieuse mare aux grenouilles, de l'autre coté de la petite route peu fréquentée qui la surplombait.
Parfois je
sortais en pleine nuit par la fenêtre pour m’imprégner des bruits et des odeurs de la nuit .
De retour de l'école communale ( et plus tard du collège ), j’y réalisais
mes premiers dessins de champignons aux crayons de couleur avec une passion insatiable qui ne m’a jamais quitté .
J'ai le sentiment que ma grand mère ( née en l’an 1900 ) fut certainement pour quelque chose dans ma passion pour cette nature que j’aime tant peindre et dessiner depuis mes plus jeunes années ! Elle vivait dans une partie de la maison qui lui était réservée et où "déjà bien avant ma naissance" elle s’était aménagé une chambre noire pour y développer ses photos sur plaque de verre .
J’étais malheureusement trop jeune à l’époque pour apprécier en conscience la valeur de sa passion pour la photographie , une pratique très exceptionnelle dans un monde paysan ou certaines familles vivaient pratiquement en autarcie avec guère plus de 3 ou 4 vaches et 2 ou 3 hectares de vignes .( Mes parents avaient 8 vaches et 5 ha de vignes )
Mamie (c’est le petit nom que nous lui donnions ) était sincèrement croyante mais sans jamais imposer ses convictions ! Elle me disait* souvent que le dieu* que nous prions dans une église est présent en chacun de nous , n’a pas besoin de l’église et est à la fois l’oiseau, la fleur , l’ herbe et le caillou sur le chemin .
Elle me faisait découvrir les choses de la nature petites ou grandes , aimer la pluie et le souffle du vent , inhaler avec délice le parfum de terre mouillée après
la longue sécheresse , savourer le soleil qui éclaire nos vies .
Dieu est en chaque chose me disait elle , chacun de nos actes de tous les jours lui rendent hommage
ou bien le blessent si nous n’y prenons pas garde .
(*Ce qu’elle me disait en ces moments là , je l’interprète ici avec mes propres mots , je n’avais alors peut être que 5 ou 6 ans .)
(*Pour l’anecdote , j’ai toujours trouvé assez troublante la similitude de la description du « Dieu » de ma grand-mère avec celle du « grand-esprit » de
certains peuples amérindiens ).